
Ce que disent les études sur l’impact de l’IA sur l’emploi
De nombreuses études se sont penchées sur l’effet de l’intelligence artificielle (et plus généralement de l’automatisation) sur le travail. Leurs conclusions varient, reflétant tantôt l’inquiétude, tantôt un certain optimisme. Voici quelques chiffres marquants issus d’études récentes :
- Étude d’Oxford (2013) – « The Future of Employment » : Deux chercheurs ont estimé que 47 % des emplois aux États-Unis (et dans les pays avancés) risquaient d’être automatisés d’ici 10 à 20 ans lemonde.fr. Ce chiffre alarmant a fait grand bruit et a popularisé l’idée d’une automatisation massive imminente.
- Analyse de l’OCDE (2016) : En examinant plus finement les tâches au sein des métiers, l’OCDE a fortement nuancé le pronostic d’Oxford. Selon ses experts, seuls ~9 % des emplois en moyenne présentent un risque élevé d’automatisation complète dans les pays développés lemonde.fr. En revanche, une large part des travailleurs (plus de 50 % d’entre eux) verront certaines tâches automatisables – ils devront donc s’adapter et se former pour évoluer avec l’IA lemonde.fr.
- Projection du Forum Économique Mondial (2023) – « Future of Jobs Report » : D’après un sondage auprès de grandes entreprises, ~23 % des postes pourraient changer d’ici 5 ans. Concrètement, cela se traduirait par 69 millions d’emplois créés contre 83 millions supprimés à horizon 2027, soit un léger déficit net d’environ 14 millions d’emplois (≈2 % de l’emploi mondial) si aucune mesure n’est prise weforum.org. Autrement dit, à court terme, les destructions de postes liées à l’automatisation pourraient légèrement l’emporter sur les créations dans le monde.
- Étude de l’OIT (Organisation Internationale du Travail, 2023) : L’OIT dresse un constat plus rassurant vis-à-vis de la récente vague d’IA (notamment l’IA générative). Son rapport indique que la plupart des emplois ne sont que partiellement exposés à l’automatisation et sont plus susceptibles d’être complétés par l’IA que entièrement remplacés par celle-ci formatresearch.com. En d’autres termes, l’IA va surtout automatiser certaines tâches au sein d’un métier, plutôt que de supprimer purement et simplement le métier. Le principal impact attendu porte davantage sur la transformation de la qualité du travail (intensité, autonomie, compétences requises) que sur sa quantité totale formatresearch.com.

En résumé, les études s’accordent sur un point : l’IA va profondément transformer le monde du travail. Néanmoins, elles divergent sur l’ampleur du bouleversement : entre scénarios alarmistes d’une automatisation massive des emplois et scénarios plus optimistes où l’IA améliore la productivité sans réduire drastiquement le nombre d’emplois. La réalité se situe probablement entre les deux, avec des impacts sectoriels différenciés : par exemple, les emplois administratifs et de bureau ressortent comme les plus menacés à court terme (beaucoup de tâches routinières pouvant être automatisées) formatresearch.com, alors que les métiers nécessitant créativité, pensée critique ou contact humain (création artistique, éducation, soins à la personne, travail social, etc.) devraient être relativement épargnés dans un premier temps. De même, les professions manuelles très techniques (artisanat spécialisé, maintenance, BTP…) résistent encore partiellement car la robotique n’égale pas encore la dextérité humaine dans des environnements complexes – même si des avancées rapides en robots physiques pourraient à l’avenir toucher tous les secteurs, y compris ceux qu’on croyait protégés. L’histoire nous enseigne cependant que chaque révolution technologique s’accompagne de la création de nouveaux métiers : par exemple, on n’aurait pas imaginé il y a 20 ans des postes comme data scientist ou ingénieur en IA qui sont courants aujourd’hui.
Entre craintes et opportunités : un tournant à négocier
Nous sommes actuellement à un tournant historique où l’IA commence tout juste à impacter sérieusement le monde du travail. Les 5 à 10 prochaines années seront cruciales, et il faut aussi garder à l’esprit une perspective de long terme sur plusieurs décennies. Comme vous l’avez souligné, l’IA a un double visage pour l’emploi :
- D’un côté, elle menace certains métiers. En automatisant des tâches répétitives, une IA ou un robot peut remplacer une partie du travail humain. On le voit déjà avec des chatbots qui réduisent les besoins d’agents service client, ou des logiciels d’IA capable de générer du texte, du code ou des images qui réalisent en secondes ce qui prenait des heures. À terme, certaines professions pourraient disparaître ou se contracter fortement (par ex. traductions simples automatisées, conduite routière avec les véhicules autonomes, caissiers remplacés par des automates, etc.). Des estimations récentes illustrent cette crainte : par exemple, la banque Goldman Sachs estime que les avancées en IA générative pourraient exposer jusqu’à 300 millions d’emplois dans le monde à l’automatisation dans les prochaines années goldmansachs.com. Cela alimente le scénario d’un déséquilibre négatif où l’IA détruirait plus d’emplois qu’elle n’en créerait, du moins pendant une période de transition.
- D’un autre côté, l’IA apporte également de nouvelles opportunités. En automatisant les tâches pénibles ou routinières, elle libère du temps pour que les travailleurs se concentrent sur des missions à plus forte valeur ajoutée (création, réflexion, relationnel…). Beaucoup de métiers vont évoluer plutôt que disparaître : on parle de jobs « augmentés » où l’IA agit comme un assistant améliorant l’efficacité de l’humain sans le remplacer complètement. Par exemple, un médecin aidé par une IA diagnostiquera plus vite, un analyste financier avec IA pourra traiter plus de données, un artisan utilisera des outils numériques pour plus de précision, etc. Par ailleurs, l’IA crée de nouveaux besoins et donc de nouveaux emplois : des spécialistes en intelligence artificielle, en science des données, en robotique, des prompt engineers (experts en requêtes pour les IA), des éthiciens de l’IA, ou encore tout un écosystème de maintenance et de supervision des systèmes automatisés. L’Histoire suggère que sur le long terme, l’innovation technologique finit par créer plus d’emplois qu’elle n’en détruit : plus de 60 % des travailleurs actuels exercent un métier qui n’existait pas en 1940, ce qui représente 85 % de la croissance de l’emploi sur 80 ans grâce à l’apparition de nouveaux métiers liés aux progrès techniques goldmansachs.com. Cela illustre le potentiel de l’IA à générer, elle aussi, de nouvelles activités encore insoupçonnées. Enfin, il ne faut pas oublier les gains économiques attendus de l’IA (hausse de productivité, nouveaux services…) susceptibles de créer indirectement des emplois dans d’autres domaines grâce à la croissance globale.
En somme, le bilan final “emplois créés vs emplois détruits” reste incertain à ce stade. Il dépendra de la vitesse de déploiement des IA et robots, de la capacité de l’économie à créer de nouveaux débouchés, et surtout des choix stratégiques que nos sociétés feront. Les scénarios optimistes envisagent que l’IA, bien exploitée, pourrait être un moteur de prospérité et d’emplois qualifiés, tandis que les scénarios pessimistes redoutent une automatisation trop rapide laissant des millions de travailleurs sans emploi. La réalité sera ce que nous en ferons : c’est ici qu’intervient l’importance des mesures d’accompagnement.
Si l’équilibre tend vers plus de destructions d’emplois, il faudra soutenir davantage la population ; si au contraire de nombreux nouveaux métiers émergent, il faudra préparer la main-d’œuvre à les occuper. Dans les deux cas, la proactivité est de mise pour transformer cette révolution technologique en opportunité plutôt qu’en menace. Cela passera nécessairement par un renforcement massif de la formation, et pas seulement dans le but de créer de meilleures IA, mais surtout pour former les individus à intégrer et utiliser efficacement l’IA dans leur métier. Que l’on soit enseignant, artisan, cadre, ou soignant, chacun devra apprendre à collaborer avec ces outils. Les pouvoirs publics ont ici un rôle central à jouer : ils doivent orienter et financer des programmes de formation concrets et accessibles à tous, pour que personne ne soit laissé de côté dans cette transition.

Pistes pour une transition réussie (synthèse optimiste)
Face à ces constats, un message central des experts est qu’il faut agir dès maintenant pour accompagner la transition et en maximiser les bénéfices pour l’humain. Plusieurs pistes de solutions ont déjà été envisagées :
- Investir massivement dans la formation et la reconversion : C’est la réponse la plus fréquemment citée. Il s’agit de lancer une véritable « révolution des compétences » (reskilling/upskilling en anglais). Concrètement, cela signifie offrir aux travailleurs dont les tâches sont automatisées la possibilité d’apprendre de nouveaux métiers ou de se perfectionner dans des compétences complémentaires à l’IA. Les entreprises comme les gouvernements doivent mettre en place des programmes de formation continue, des aides à la reconversion, des formations aux outils numériques et à l’IA pour tous. Selon le WEF, six travailleurs sur dix auront besoin d’une formation d’ici 2027 weforum.org. Sans cet effort, on risque un chômage technologique massif. Au contraire, avec une main-d’œuvre bien formée, l’IA peut augmenter l’efficacité sans chômage net, en redéployant les employés sur des tâches plus qualitatives. L’OIT insiste également sur le rôle crucial de la formation professionnelle et d’une protection sociale adéquate pour garantir une transition équitable formatresearch.com. En effet, tout le monde ne pourra pas se requalifier instantanément, d’où la nécessité de filets de sécurité (allocations, assurance chômage renforcée, etc.) durant la transition.
- Revenu universel de base (RUB) : L’idée d’un revenu universel, versé à chaque citoyen sans condition, refait surface à l’ère de l’IA. Si l’automatisation réduit significativement le volume d’emplois disponibles ou la durée du travail, un revenu de base pourrait assurer à chacun les moyens de vivre décemment. Des expérimentations ont déjà eu lieu (en Finlande par exemple) et plusieurs figures de la tech ont défendu le concept d’un RUB pour faire face à la robotisation. Le revenu universel présenterait l’avantage d’alléger la précarité des travailleurs remplacés par des machines, tout en leur permettant de se former vers d’autres secteurs ou de se consacrer à des activités créatives, associatives, entrepreneuriales… Il pose toutefois des questions de coût et de mise en œuvre pratiques, et ses effets exacts sur le marché du travail restent débattus. Néanmoins, s’il advient que l’IA détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée à long terme, le RUB ou des mécanismes similaires pourraient devenir des outils précieux pour maintenir la cohésion sociale.
- Adaptation du temps de travail et partage de la prospérité : Une autre piste discutée est celle d’une réduction du temps de travail sans perte de salaire, afin de partager les gains de productivité de l’IA. Par exemple, passer à la semaine de 4 jours pourrait répartir le travail entre plus de personnes si l’IA permet de produire autant en moins de temps. De même, mettre en place un « dividende robotique » – c’est-à-dire taxer les entreprises qui automatisent beaucoup afin de redistribuer les gains sous forme de revenu ou de services publics – est une proposition qui émerge (notamment l’idée d’impôt sur les robots avancés par certains économistes). L’objectif commun de ces mesures est d’assurer que les bénéfices de l’IA profitent à l’ensemble de la société, et pas seulement à une minorité.
- Innovation et nouveaux secteurs d’emploi : Enfin, il convient de stimuler la création d’emplois dans les domaines où l’humain restera indispensable. Par exemple, les secteurs « verts » (transition écologique, énergies renouvelables), le secteur social et sanitaire (aide à la personne, éducation, santé) ou les métiers requérant de la créativité pourraient connaître un essor si on y investit. L’IA pourrait paradoxalement libérer des ressources pour développer ces secteurs à forte valeur humaine. De plus, encourager l’entrepreneuriat et l’innovation permettra de voir émerger des startups et projets créateurs d’emplois grâce aux nouvelles technologies, y compris l’IA. L’État et les entreprises ont un rôle à jouer pour financer la recherche, soutenir les initiatives et adapter la réglementation afin de faciliter l’essor de ces nouveaux marchés du travail.

Des changements à maîtriser, un futur à réinventer
En conclusion, l’impact de l’IA sur les métiers n’est pas prédéterminé : c’est à nous, en tant que société, de définir comment ces technologies seront intégrées dans nos vies professionnelles. Les études et tendances actuelles montrent que presque aucun métier n’échappera à la transformation, mais que la plupart seront adaptés plutôt que supprimés. L’IA va éliminer des tâches ingrates, accroître la productivité, tout en exigeant de nouvelles compétences et en ouvrant la voie à des métiers inédits. Le défi consiste à minimiser les pertes (en termes d’emplois perdus, d’inégalités accrues) et à maximiser les gains (nouveaux emplois, augmentation du niveau de vie, épanouissement dans le travail). Pour cela, comme on l’a vu, des outils existent : éducation et formation tout au long de la vie, accompagnement social, éventuellement revenu universel, politiques d’emploi innovantes… Les décideurs publics et privés doivent dès maintenant mettre en place ces solutions. D’ailleurs, des organisations comme l’OIT et le Forum Économique Mondial soulignent qu’une transition technologique bien gérée – concertée avec les travailleurs, équitable et appuyée par des investissements dans les compétences – peut aboutir à un avenir du travail prospère et centré sur l’humain formatresearch.comweforum.org.
Peindre la situation de façon réaliste ne signifie pas être fataliste. Oui, l’automatisation provoquera des bouleversements. Mais avec clairvoyance et volonté, l’IA peut devenir un allié de l’humanité dans le monde du travail : elle prendra en charge les tâches répétitives ou dangereuses, pendant que nous pourrons nous concentrer sur ce qui fait notre humanité – la créativité, la relation aux autres, l’innovation. En somme, l’IA n’annonce pas la « fin du travail », mais une évolution du travail. C’est une révolution à accompagner, pour qu’au bout du compte, elle crée plus d’emplois enrichissants qu’elle n’en détruit de routiniers, et améliore la vie professionnelle du plus grand nombre. Adoptons donc une posture lucide et optimiste : en préparant activement la transition, nous pouvons faire en sorte que l’IA soit synonyme de progrès pour les travailleurs et d’un avenir où chacun trouve sa place aux côtés des machines intelligentes.

Sources : Les données et analyses citées proviennent des études mentionnées ci-dessus – notamment l’OCDE lemonde.frlemonde.fr, l’étude d’Oxford lemonde.fr, le rapport Future of Jobs 2023 du WEF weforum.org, ainsi que le rapport de l’OIT sur l’IA générative formatresearch.comformatresearch.com – ainsi que d’articles de synthèse sur le sujet goldmansachs.com.

Laisser un commentaire